Histoire

FESSEVILLERS D'HIER

Aussi étrange que cela puisse paraître, Fessevillers est avec Maîche et Goumois, le plus ancien village de la Franche-Montagne. Son nom apparaît pour la première fois en janvier 1147, dans un acte par laquel l'archevêque de Besançon, Humbert de Scey (1134-1161) confirme au Prieur de Lanthenans, entre autres professions, le patronage de l'église Saint Maurice qui lui avait été remise volontairement par Conon de Fouchevillars.

En 1168, alors que la Terre de Masches (Maîche) était aux mains du Sire de Salins, Gaucher IV, lequel avait épousé le parti de son suzerain l'empereur Frédéric Barberousse lors du scisme qui divisait depuis 9 ans la chrétienté, c'est l'archevêque Herbert Von Hertzbach, placé sur le siège de Besançon en sa qualité de légat impérial, qui mentionnait Fischvillar parmi les dépendances de l'église de Maîche dont il faisait donatien au Prieuré de Lanthenans. Et lorsque fut terminé le schisme (le 24 juillet 1177), c'est le Pape Alexandre III, dans sa confirmation des privilèges et des possessions du Prieuré de Lanthenans qui mentionnait la « Mère-église » Saint Maurice de Fessevillers avec ses quatre chapelles : Trévillers, Charmauvillers, Indevillers et Courtefontaine.

Au XIIIème siècle Fessevillers, comme toute la Terre de Maîche, était passé aux mains des Sires de Montfaucon, en la personne d'Amédée HI, cependant que le comte Thierry HI, frère d'Amédée III, faisait en 1247, acquisition de Goumois. Au seuil du XIVème siècle, le second fils d'Amédée III, Gauthier, était devenu Sire de Franquemont (forteresse bâtie au cœur de la seigneurie voisine de Fessevillers) et deux ans après (1306) Gauthier possédait toutes les seigneuries de la Maison de Montfaucon.

En 1308 Perrin de Barmans, damoiseau, reconnaissant être « homme-lige » de Gauthier, qu'il s'obligeait à servir en loyal vassal, lui promettant d'exercer le commandement du château de Franquemont avec ses hommes de la Franche-Montagne, chaque fois qu'il en serait requis par lui-même ou par son lieutenant. Or les hommes de la Communauté de Fessevillers étaient de ce nombre.

Au XIVème siècle c'est dans la Maison des comtes de la Roche en Montagne qu'était passé le fief de Fessevillers et sur la fin de ce siècle par suite des partages successifs de l'héritage des derniers comtes de ce nom, ce fief se trouva en possession de Jean I de Ville (1386) puis de Gérard de Cusance (1391), ce dernier ayant également dans son lot linières et le Cernier d'Embray.

Mais au cours du XYème siècle, le développement des communautés voisines de Fessevillers changea au détriment de cet ancien village, les seigneurs montagnons qui avaient pris le nom de leur Terre à Trévillers, favorisaient cette dernière communauté qui prit de plus en plus d'importance. Certes la bulle « dorée » donnée par les Pères du Concile de Bâle, en 1431, pour reconnaître les possessions du Frieuré de Lanthenans indiquait encore la maternité de l'église de Fessevillers sur l'église de Trévillers par exemple, mais cette « suzeraineté » était de moins en moins reconnue dans les faits.

Fessevillers subit le passage des « envahisseurs » bâlois et ferrettois lors des raids de représailles contre les seigneurs bourguignons et se trouva au premier plan des opérations de la guerre des Deux Bourgognes au XVème siècle, le village n'était représenté que par 10 députés, le 25 novembre 1475, au château de Chauvillers, pour faire acte d'obédience au Prince évêque de Bâle.

Lorsque le pays devint français, le versant en contrebas du village étant très boisé, des maîtres-verriers du « clos du Doubs », les frères Schmidt et Raspiller de Lobschez furent autorisés à allumer des fours au Plain des Essarts ainsi qu'à la Caborde, mais cette nouvelle officine, la plus ancienne verrerie de la rive comtoise, qui fabriquait du verre plat et du verre à vitre, cessa son activité en 1710 car le feu tomba là au profit du « Bief d'Etoz ».

Le 16 avril 1757, lorsque le comte de la Roche Béat Il de Montjoie fit partage de la Terre de Maîche avec son co-seigneur et Vassal Béat Guyot de Bermont, marquis de Maîche, Fessevillers se trouva dans le lot du comte de Montjoie avec le Cernier d'Ambray, les Plains et le Grand Essart. Tous les habitants et les terres étaient de franchise.

En 1791, l'abbé Mairot (1724-1791) avait prêté serment, mais étant décédé le 13 décembre suivant, il fut remplacé par un confrère assermenté, François-Joseph Faivre, qui eût des ennuis avec certains de ses paroissiens. La municipalité qui avait accueilli des prêtres déportés revenus illégalement se vit contrainte de les faire sortir du territoire communal.

En 1798 c'est un prêtre maîchois, l'abbé Etienne Besançon, qui assurait le service à Fessevillers, noté « soumis, instruit, et jouissance de la confiance », il fut reconduit dans ses fonctions après le Concordat, étant nommé succursaliste et mourut à ce poste le 18 mars 1815.

Après le Traité de Vienne (1815) qui donnait au canton de Berne le territoire de l'ancienne Principauté de Bâle, des opérations de délimitation de la frontière entre la France et le canton de Berne furent nécessitées par le fait que la commune de Fessevillers possédait des bois sur la rive droite du Doubs, aux voisinages de la commune suisse des Pommerats.

Le 12 juillet 1826 était signé le procès-verbal mettant fin à ces opérations qui avaient durées six ans.


FESSEVILLERS D'AUJOURD'HUI

  • Actuellement Fessevillers a une population d'environ 180 habitants, dont 70 propriétaires en résidences principales et 5 résidences secondaires.
     
  • 50% des habitants du village sont des travailleurs frontaliers (Suisse).
     
  • Fessevillers compte 3 exploitants agricoles, les enfants vont à l’école au RPI Trévillers/ Frambouhans, et la fromagerie est le COOP de Charmauvillers.
     
  • La commune détient 9 appartements locatifs situés dans 3 de ses bâtiments, un gîte d’étape et une Salle Communale.


UNE LONGUE LIGNEE DE MAITRES-VERRIERS

Jean Raspiller, né vers 1640 en Forêt Noire à Sankt-Blasien d'une famille de verrier connue en Allemagne et au Tirol autrichien depuis le XIVe siècle, son père Mikaèl (né en 1611) était maître verrier à la verrerie de Grünwald créée en 1611 par son père Georg. Ce Georg est venu de Hall im Ti¬rol (vers 1596), berceau de la famille Raspiller, où on retrouve son père Caspard (1545-1579) et son grand-père Peter (1515-1579).

Jean Raspiller, sa sœur Arma (née en 1647), ses cousins Germain (né en 1626) et Georges (né en 1628), accompagné de Melchior Schmid, furent engagés par l'Evêque de Bâle pour rejoindre la verrerie de Soubey vers 1640. Quelques années plus tard ils créent la verrerie de La Caborde dont Melchior Schmid, était le maire en 1667.

Dans l'église de Fessevillers sont enterrés Jean Raspiller, Georges Raspiller, Melchior Schmid et son épouse Cunégonde Leymeh. Les descendants de Jean Raspiller et de Melchior Schmid sont nombreux. Jean Raspiller épousa Catherine Gresely de famille verrière et ils eurent dix enfants.

Parmi ceux-ci nous connaissons bien Melchior Raspiller et ses 14 enfants. Sa petite-fille Anne Catherine Raspiller est la grand-mère de Jean-Baptiste Neuvecelle, fondateur en 1864 de BSN (Bouchois-Souchon-Neuvecelle) actuellement plus connue sous le nom de groupe Danone (82.000 salariés dans le monde) et qui produit Danone, Gervais, Amora, Maille, Blédine, Pansani, Lu, Heudebert, Kronenbourg,. Kanterbrau, 1664, Evian, Volvic, Badoit) ainsi que la moitié dès emballages en verre en Europe.

Ses arrière-petits-fils, Antoine et Lorentz et leur neveu Eugène étaient actionnaires de 15 % de Villeroy et Bosch bien connu pour ses carrelages et ses appareils sanitaires. Des descendants de Eugène sont aujourd'hui encore cadres dans l'entreprise.
Melchior Schmid

Venu également de Forêt-Noire où il s'était marié avant d'émigrer en Suisse avec Cunégonde Leymen Melchior Schmid fut maire de la verrerie de La Caborde en 1667. Ses parents, restés en Forêt-Noire, étaient Samuel Schmid et Elisabeth Bachmann. On retrouve se descendants dans nombre de verreries de Franche-Comté et d'Alsace ou de Lorraine a XVIIIè siècles.
 

ET ENCORE ...

Une altitude moyenne de 845 mètres, sur un replat de la cluse qu'emprunte depuis des siècles le seul chemin reliant l'antique village de Goumois au chef-lieu de la Franche-Montagne, Fessevillers est perché en bordure de haut plateau au pied duquel serpente le Doubs-frontière en aval de Goumois. Le C.D. 437 B, venu de Maison rouge, traverse le village et commence à décrire de nombreux méandres à travers la belle forêt de résineux qui tapisse le versant rocheux très escarpé que l'on nomme "la corniche de Goumois". Cet ancien itinéraire offre de magnifiques échappées en direction du fond de la vallée comme sur les Franches-Montagnes suisses sur la rive droite de la rivière en bordure du Doubs. Le territoire communal de Fessevillers, coincé entre les finages de Goumois et d'Indevillers ne fait qu'effleurer sur 280 mètres le cours du Doubs.

VOIES DE COMMUNICATION

Ourtre le C.D. 437 B et le C.D. 280 (Ferrières-Fessevillers) qui mettent Fessevillers à 12 Km de Maîche, au sud ouest, à 44 km de Montbéliard, au nord ouest et à 84 km de Besançon à l'ouest, cinq chemins vicinaux relient le bourg à Belfays à Sur le Mont, au Cernier d'Embray ainsi qu'à Montsacier dessous et au Plain-Dessus par la Charotte. Jusqu"en 1952, le village était desservi par la gare de Trévillers.

CADASTRE

Premier cadastre établi en 1811, Territoire communal de 617 ha, dont 229 ha en forêts. Le point culminant est "Sur le Mont" à 993 mètres et le point le plus bas se situe au bord du Doubs à 484 mètres, entre Blanchefontaine et "Le moulin du Plain".

HAMEAUX

La Charotte du Haut, la Charotte du Bas, Derrière le Mont, Montsacier Dessous, Le Plain Dessus, Les Seignes et Sur le Mont.

TOPONYMIE

Fischwilar (1168-1177), Fesseveler (1308), Fischvillar (1431)

HYDROGRAPHIE - GEOLOGIE

Le Bief de Gigot, forme de petits ruisseaux alimentant deux étangs successifs, et dont les eaux rejoignent le Doubs.

Le "Trou du Cerneux" ou "de la déesse" : gouffre à orifice étroit l'Astartien.